• Casser l'ambiance

    Peut-on aujourd'hui résister au consensus mou qui nous fait accepter les pires inepties. Par lassitude, manque de temps, plus que par bêtise, et,pire, connivence, espérons.

    Je rebondis ici sur des remarques d'un collègue de Paris qui pointe, à propos de M. Montagner, un vieux problème de la gouvernance et de l’idéologie scolaire, qui est celui du rôle des scientistes et des idéocrates accompagnant les processus en cours.

     

    Casser l'ambiance

          Léa Barbier

     

    "Mais vous prônez la révolution ma parole! En tous cas la critique du discours dominant. Pourquoi pas le débat scientifique et la convivialité, tant que vous y êtes! Ce n'est pourtant pas à l'ordre du jour… D'autant que vous vous attaquez à quelques tabous bien solidement ancrés." 

     

    Vous insistez en effet sur quelques points fondamentaux :

    - la forme du pouvoir plus que jamais installée sans contrepartie ;

    - une gestion de masse plus que jamais désastreuse et malsaine ;

    - la démagogie qui a pris des formes nouvelles : par exemple, celle de l'injonction paradoxale, du langage inversible… (ce qui n'est pas nouveau : que l'école prétend qu'elle vise ceci, mais en réalité fait cela) ;

    - l'absence d'analyse critique du discours postlibéral : hiérarques, idéocrates et rhéteurs peuvent allègrement continuer sans que personne ne leur fasse les gros yeux!

    - l'absence d'analyse critique du gâchis que représente le verbalisme : que de blablas et de livres mondains, mais inutiles.

    - Le "syndrome Meirieu" que vous pointez dure depuis longtemps. Nous avons vu autrefois tout cela "sortir de l'ascenseur", sans que personne en proteste, sinon des réactionnaires ou des "républicains" patentés. A un quart de siècle de distance, comment cette posture "bivalente" peut-elle encore tromper qui que ce soit – à moins d'immobilisme et d'ignorance - ayant un peu œuvré et étudié ?

    Une telle posture est à analyser au sein d'un paradigme où les idéocrates patentés alimentent de manière unilatérale le discours dominant : philosophes du bavardage, pédagogues supérieurs, psychologues moralistes, ou sociologues du constat sec.    

    Le résultat est là. Désolant.

    N.B. A force de rétropédaler, d'enfumer, et de refaire le monde, ça va ressembler à une grosse glissade. A ce point incontrôlée, la ramasse va se finir en gros bobo! Mais peut-être des marchands avisés vont profiter du "marché des seniors" pour proposer des remèdes à l'incontinence idéologique.


    Ceux qui ont conforté ce "système" sont-ils, eux aussi, des réactionnaires, ou seulement des naïfs ?

    - sous professorat : Pour l'iniquité et le cléricalisme, relisons L'Histoire d'un Sous-maître

    - tromperie : tout cela était prévisible. C'est la notion de "programme". Sur une échelle d'un demi-siècle, par exemple, on sait démonter les mécanismes et en effet, prévoir sur la base de ce qui est mois en place et/ou affirmé ce qu'il en sera.

    - d'autant qu'aujourd'hui, "on refait le monde" : et ce qui n'est qu'un plat copier-coller du passé a peu de chance de prendre uns sens nouveau. 

    - CNIRE : j'ai déjà eu l'occasion de dire tout le mal que je pensais de ce qui est une fumisterie, aussi bien dans la conception théorique (innovation : on sait ; réussite : on y croit vu d'en haut! – et institutionnelle (modalités de l'Usine à gaz Nationale par ex.) que dans la composition avec les "trop vieux chevaux - libéraux"; d'autant qu'on a vu les conseils précédents du genre.

    - le bas peuple : c'est la canaille ? Eh bien j'en suis. "je les trouve en général plus intéressants que les enseignants" : remarque redoutable, en effet!

     

    - Savons-nous bien ce qu'est un enfant ? D'autant que l'enfant rêvé ou l'enfant de l'idéologie et de la doxa n'est pas l'enfant réel. Et il n'y a pas que le point de vue de M. Montagner, loin de là. J'ai travaillé sur cette question dans le cadre de l'INRP, en relation avec JC Quentel : c'est sans doute le théoricien-praticien le plus important actuellement sur la question de la parentalité ; c'est pourquoi j'avais proposé qu'il en soit réfléchi et débattu en termes de recherche Freinet. Encore une fois, il n'y a pas scientifiquement que la doctrine!

     

    Le milieu de l'éducation nationale française est devenu, du moins pour ce que j'en ai vu et éprouvé ces deux dernières décennies, un milieu extrêmement dur, fissuré, rongé par ses vieux démons : idéologie, surhiérarchie, carriérismes, etc. Pour ce qui est de la gouvernance, attachée au dysfonctionnement de principe, rien n'a vraiment évolué (me dit-on, car je suis aujourd'hui retiré) dans le bon sens : les exemples sont abondants, depuis le haut de la pyramide jusqu'aux pratiques locales, d'un déficit déontologique et méthodologique majeur.

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    La dérive du dernier quart de siècle peut en tous cas inquiéter, tant nous allons vers des configurations proches de ce qu'un Marcuse (entre autres) décrivait en son temps de la culture unidimensionnelle, d'une visée totalisante, et cela, sans contrepartie critique, sans alternative. 

     

    Tout cela suggère :  

     

    1)      la nécessité d'une étude critique permanente ;

    2)      l'importance d'une action diversifiée, s'intéressant à toutes les facettes, à toutes les strates ;

    3)      la vigilance devant la montée d'une néo-idéologie aux conséquences redoutables… et culturellement risquées

     

     

    Quoi qu'il en soit je vous remercie de nous rappeler quelques évidences : il y a en effet un "drame" de la pensée critique aujourd'hui, qui fait que pris dans les méandres de la néoscolastique, nous ne songeons même plus à attaquer le cœur de ce qui aujourd'hui interpelle la liberté de pensée.