• Démocratie textuelle

    Nous prendrons ici la « démo-cratie » dans son acception utopique : alors que les régimes politiques utilisent le terme comme mode d’organisation par opposition à d’autres formes juridiques, nous nous en en tenons à l’ « idéal démocratique », « du peuple, par le peuple et pour le peuple » - gouvernement, non pouvoir ; ou encore à la « démocratie de participation » (vs « démocratie participative : le sens de l’expression a lui aussi été dévoyé, brandi comme slogan, tandis que l’ « horizon démocratique » s’éloigne indéfiniment, subverti par les oligarchies et les puissance réelles). 

    Démocratie textuelle

    Dans l’esprit d’un travail de réhabilitation du sens, nous tenterons « démocratie textuelle ». Bien sûr, l’exercice de la liberté » de penser » kantienne - la possibilité pour chacun de s’exprimer à armes égales – mais aussi « l’acte commun » d’élaboration scripturale.

    Cette détermination va à l’encontre de la religion établie de l’importance du moi et de son expression égotique. 

    A l’opposé du spectacle dominant, entre exaltation de la figure de l’auteur - voire du « penseur » ou du « grand quelqu’un » - et défilé quotidien des égos, fortement hiérarchisé, elle réhabilite la possibilité de la pensée collective : non pas imposée par quelque grand mouvement de l’histoire, occulte, mais issue du travail de la communauté et de la coexpérience.

    Dans cet esprit, l’entretien se déploie dans la présence réciproque, s’opposant à la forme traditionnelle – « anallactique » -  convenue et hiérarchique. Ainsi conçu, le débat n’est ni le rituel magistral, ni la juxtaposition d’expressions individuelles, mais se développe au sein même de la production commune.

    La coécriture est alors l’action qui dépasse les simples conversations du symposium, en poursuit les intuitions.

     

    JA