• Les fondamentaux (suite)

     

    Pédagogismes

    Les fondamentaux

     

    Pour ceux qui sont encore attachés à une critique de la raison éducative*, plus d'un noyau dur de l’idéologie scolaire mériterait un examen au microscope. 

    Les fondamentaux

                      Photo : Jean Agnès 2013

     

    Je ne suis pas expert en archéologie scolaire et ne saurais retracer l'histoire de l'institution des "fondamentaux". Le terme reste par ailleurs ambigu et fait assez rêver pour nous inciter à nous intéresser à ce qu'il recouvre... et ce qu'il ne recouvre pas. La chose a été maintes fois discutée mais de loin et sans frais, on aura eu plaisir à confronter le terme à d'autres (par exemple, "fondamental" ou "initial" ?).

    Cependant, ce qui en est indiqué, avec plus ou moins de flou, mais qui semble bien s'attacher obstinément au "lire-écrire-compter" ne paraît guère faire l'objet d'un examen critique à frais nouveaux. J'ai aussi un peu de mal à obtenir des interlocuteurs, collègues officiellement compétents, quelques lumières historiques et critiques utiles à la recherche en ce sens.

    Pourtant, seul un travail de recherche ciblée organisée pourrait faire avance une question On comprendrait qu'une entreprise de "refondation" scolaire s'intéresse et au besoin s'attaque aux fondements. Il n'y a pas trop loin jusqu'aux "fondamentaux", dont le poids symbolique est suffisant pour comprendre quelle conception de la personne est en jeu, quel type d'éducation il est question de promouvoir. Or cela n'a pas eu lieu. La doctrine n'est pas contestable et sa pérennité est le meilleur garant de son bien-fondé.

    Je trouve peu de littérature historique et critique sur ce point... fondamental. Peut-être trouverons-nous des clés.

    A propos d'orthographe : pourquoi cette crispation ?

    On le sait, l'apprentissage du lire/écrire en français ne s'en tient pas à l'analyse phonologique simple du langage, en vue de transcription graphique selon un alphabet, et à la distinction de ses principaux composants grammaticaux.

    Il superpose en effet une dimension normative forte. Ce n'est qu'au nom d'une morale plaquée que l'on justifie des aberrations logiques. Par exemple, un enfant en bas âge saura très bien trouver à "stagiaire [ stajεr]" son masculin : " stagier [stajé]". Les exemples sont légion...

    L'orthographe du français est un casse-tête embrouillé, et il faudra attendre les études supérieures pour comprendre l'enchevêtrement et la superposition des strates dans ce qui fait le système ortho-graphique français. Pas question de le remettre en cause ce qui participe grandement à l'organisation des inégalités, et constitue pour la "nation" un objet rituel d'ampleur ("la dictée"!).

    Les procédures automatisées (ttx, dictionnaires en ligne etc.) ne changent rien au problème

     

    On ne pourrait "refonder" dans ce domaine que si d'une part on renonce à entériner l'ordre établi et à le perpétuer, et d'autre part si on ne revoit pas la question en amont.

     

    1) au regard de la correspondance aux capacités

     

    En termes de réponse éducative aux fondements de la rationalité il semble bien que le plan du "langage" (la logique) soit surévalué par rapport aux autres. Viennent ensuite la valeur et la communication.

    Le grand absent décidément est la technique.

    C'est une question d'expérience humaine, quand on sait comment se comporte l'enfant en bas âge en ce domaine. C'est une question scientifique, quand on s'attache à une anthropologie où aucun plan n'est prédominant.

    Si l'intersection entre le langage et la technique est bien représentée dans les systèmes d'écriture, il n'en est pas de même pour l'image ou la musique, celle-ci faisant avec d'autres "activités" office surnuméraire.

     

    Cela est à développer : entretemps, on s'interrogera sur les raisons de ce déséquilibre de base. Et singulièrement sur la conception de l'enfant, du corps, et de l'éducation sous-jacente à la programmatique officielle : l'idéologie "intellectualiste" du savoir et le découpage en dérisoires tranches horaires d'enseignements ...

     

     

    2) Au regard des acquisitions culturelles de base

     

    - Une éducation mésologique intègre l'enfant dans son univers et l'aide à l'interpréter pour lui et les autres.

    La question se joue aujourd'hui sur un nouveau front en raison du développement des "nouvelles donnes", que l'on ne saurait réduire à la maîtrise des "outils numériques". C'est bien la conscience du monde qui change, et qui requiert de nouvelles armes.

     

    - L'imaginaire est enfin le grand absent des visées utilitaristes. A l'opposé d'une conception pathétique où l'enfant accède à un monde préfabriqué, celle d'un épanouissement de l'activité d'invention et de création.

    Les récris "à la marge" d'éducation "humaniste"** n'y feront rien : ce qui importe, c'est de former, en toute bonne conscience inégalitaire, l'homme tronqué et utile.

     

    ***

    Ces questions sont "de bon sens". Elles ressortissent aussi à ce qu'une anthropologie cohérente apporte de repères. Elles engagent une vision du monde et une conception humaine. S'il faut "outiller" l'individu pour une insertion convenable en société cela ne suffit pas, en raison du temps considérable passé en scolarité. Une autre manière de penser est possible.

     

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    Quelques repères de lecture (navrants) pour ceux qui ont le temps et veulent ensuite suivre le fil hypertexte...

    "Programmes du cycle des apprentissages fondamentaux" :

    Les objectifs prioritaires du CP et du CE1 sont :

    • l'apprentissage de la lecture
    • l'écriture et de la langue française

    • la connaissance et la compréhension des nombres

    • l'écriture chiffrée des nombres (numération décimale)

    • le calcul sur de petites quantités"

    http://www.education.gouv.fr/cid38/presentation-des-programmes-et-des-horaires-a-l-ecole-elementaire.html

    Le problème... c'est qu'on entérine le problème au lieu de le traiter. Il n'y a rien à voir...

    http://www.cahiers-pedagogiques.com/+-No479-Les-apprentissages-fondamentaux-a-l-ecole-primaire-+

    http://www.cahiers-pedagogiques.com/Cycle-apprentissages-fondamentaux%E2%80%89-chaque-mot-est-essentiel

     

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    * L'expression est de Nanine Charbonnel

    ** "La culture humaniste des élèves dans ses dimensions historiques, géographiques, artistiques et civiques... Lire la suite (http://www.education.gouv.fr/bo/2008/hs3/programme_CE2_CM1_CM2.htm)

     


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