• Méthodologie et idéologie

    Considérer le discours scolaire pour ce qu'il est, dans son rapport avec la pratique politique de l'éducation scolaire, semble aller de soi, pourvu qu'il s'agisse d'analyser la "pratique de l'école".

    Dans les faits, il n'est pas sûr que cette entreprise soit très avancée. Nous n'aurions sans doute pas grand chose à y perdre, du moins en termes de réflexivité sinon de science, mais il est vrai qu'il s'agirait de toutes manières d'une entreprise critique, qui ne peut convenir à ceux qui font profit de l'état des choses.

     

    Méthodologie et idéologie

     

    Je reviens ici sur une vieille distinction qui ne semble guère avoir pris de rides. Il s'agir de savoir, dans l'action éducative, si la tension entre la tendance à s'adonner aux exigences de la technique, ou de l'économique, et celle qui consiste à ériger l'opinion en norme, tendance fortement à l'œuvre dans un domaine à l'enjeu axiologique et politique considérable, peut se résoudre dans ce que j'ai appelé la méthodo-logie.

    C'est peut-être là l'art d'enseigner. A la fois recherche, manière et chemin, la méthode se situe au cœur même de l'articulation des instances qui constituent l'action éducative. Or la méthodo-logie est à la fois logique et réflexivité. Elle ne peut jouer son rôle fondateur que si elle est en prise sur ces instances, et en même temps leur donne sens pratique.

    La "méthodo-logie" dont il est ici fait état ne relève ni des recettes de travail scolaire, ni de la démarche scientifique. Il s'agit d'un terme de "passage" autorisant l'action pédagogique. Nous revenons ici à la pédagogie ? C'est en effet qu'elle n'est rien sans "méthodo-logie", qui en forme le substrat. Dans cette acception éminemment concrète, nous nous en prenons aux deux dérives dont souffre l'action éducative, précisément comme supervisée par le discours scolaire.

    - D'une part l'attirance vers le pôle techno-logique. L'amour de la technique (technicisme, fétichisme, idolâtrie etc) - comme d'ailleurs celui de la valeur marchande - est aujourd'hui redoublé par la formidable avancée des nouvelles industries. Il se manifeste dans de nouvelles croyances, annoncent une nouvelle mythologie à la hauteur, que résume bien l'archisème "Numérique" employé désormais en tout-venant. Pour peu que la "pédagogie" se confonde avec les possibilités techniques, elle reste misérable et asservie.

    - Mais la "pédagogie" s'est aussi noyée dans le verbe, le "jargon", en se confondant avec le propos qui la réclame. Aussi bien, la croyance en sa rhétorique en lieu et place de son effectivité a-t-elle conforté un discours démesuré qui, en définitive la déréalise. Pour peu, donc, que la "pédagogie" se confonde avec l'idéologie de la pédagogie, elle reste désincarnée et, surtout, s'inscrit dans le discours dominateur, qui lui gère le sens à sa convenance.

    - Cette attirance vers le pôle idéo-logique tient aussi bien, et notamment, du néoidéalisme que du néoscientisme. Elle surestime le discours et la production de sens factice, sinon religieux. Elle est en tous cas fortement active et englobe à la fois le discours managérial et sa contradiction, qui, de ce fait, ne pouvant prétendre à l'effectivité du geste critique, est d'avance désamorcée.*

    Cette double échappatoire nous dépossède de ce qui donne chair et sens à l'acte éducatif.

    Formons donc l'hypothèse que ce n'est qu'en renonçant au blocage dans l'un ou l'autre pôle, en nous consacrant au sens de la tension qui est en elle-même action et réflexivité, que nous pourrons retrouver la "formulation humaniste" de l'impératif pédagogique.   

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    * Prenons deux exemples dans les sites spécialisés : d'un côté, le site Educavox qui oriente une grande part de son matériel éditorial sur la question pratique et politique du rapport aux nouvelles donnes techniques, de l'autre les Cahiers Pédagogiques, où le terme de "pédagogie" a pris à la fois bien des expansions et une utilisation réduite à la doxa "d'opposition constructive" sinon simulée. Autre exemple, le "Café pédagogique" qui représente les deux termes, mais non leur possible dépassement, ce média ne cherchant pas à œuvrer pas en cela. On retrouve de nombreux exemples de ces deux excès dans l'abondante littérature des "sciences de l'éducation".

     


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