• L'accomplissement du projet post-démocratique passe-t-il par l'entraînement au conformisme ?

     

    Isaac Cordal

                      Isaac Cordal, Nantes 2013

     

    Il n'est pas très difficile, pour peu qu'on en mette au point le programme, d'écrire par avance ce que va dire un philosophe gâteux, ou un idéologue scolaire.

    Tout cela fait partie de ce qu'on aura pu naguère appeler l’unidimensionnel, ou encore le spectacle, dont l'intérêt est ici particulièrement révélateur : cela tient un peu d'une forme collective de narcissisme, "narcissisme d'état", tant les acteurs se regardent eux-mêmes.

    Comme là se redouble l'exaltation de l'ego, c'est aussi la succession (et le succès!) des numéros qui fait l'intérêt de cette représentation, en lieu homogène, et en temps à la fois immédiat et perpétuel, dont on ne sort que pour la nuit.

    Si bien qu'il n'y a pas dans un tel espace d'ailleurs, dans un monde fermé, où les règles du jeu scénique ne sont pas contestables. Sans quoi, le spectacle ne se produit pas.

    Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que la pensée critique ne peut ni toucher les conventions, ni se révolter contre le protocole.

     

    Isaac Cordal

     

    Les conséquences de cette situation sont l'absence, que l'on peut raisonnablement juger culturellement et politiquement dramatique, d'alternative à la norme convenue.

     

    A défaut, ce qui se met en place, en effet, toute dialectique déclinée, est comme une postmoderne agora, dont seraient exclus les métèques du genre.

     

     

     

     

     


  • A propos d'un article sur la non-directivité

    Paru sur le site Q2C

    Méthode et sens

                                                 Pestalozzi

    A propos de la méthode non directive

    Il y aurait sur de telles questions quelques prétextes à recherche approfondie. Et répétons-le, à actualisation.

    En attendant quelque initiative aujourd’hui utopique en ce sens, voici quelques points auxquels m’a fait penser ce message.

    Non directivité : ce qui nous rajeunit.

    Nous étions quelques-uns (tant que cela ?) dans les années 70 à nous réclamer d’un courant "non directif" soucieux non pas d’organisation renforcée mais de libération de l’activité. Nous avons pu aussi appeler cela "pédagogie du silence" (mais l’expression est utilisée dans des sens divers…). Le maître s’efface au profit du travail réel de l’élève. Ce n’est pas lui qui travaille, ni lui qui parle. Nos "brillants causeurs" en seraient bien inspirés !

    Comme pour d’autres pratiques simplement efficaces, donc bien mal vues de notre employeur, qui s’est toujours ingénié à les casser, nous pensions surtout à nous affranchir du traditionalisme pédagogique. Nous étions encore loin des principes d’une "pédagogie muable" (Agnès 2005) que nécessiterait aujourd’hui le changement de paradigme.

    Pour autant, comme tout ce qui dans les "pédagogies nouvelles" relève de la méthode sans qu’elle soit nécessairement orientée à un horizon d’engagement politique, nous restions à ce niveau – même très actifs par ailleurs dans l’action critique et la volonté "sociale"- dans le domaine de l’efficacité. On peut y trouver en effet la possibilité d’une promotion plus égalitaire. Mais d’autres philosophes de l’éducation ont bien souligné bien avant nous que si l’on en reste à telle notion liée au rendement, "l’éducation nouvelle", elle-même d’ailleurs disparate, pouvait très bien servir des intérêts contraires – et les pires - à ceux de la visée émancipatrice.

    Il faut à ce propos souligner la tendance actuelle à convoquer l’héritage de l’éducation nouvelle dans la perspective d’un aggiornamento de l’école conforme à l’idéologie postlibérale. (Année de la recherche en sciences de l’éducation
    Sallaberry et al., 2013)

    Ce n’est pas nouveau, comme on l’a vu avec l’arraisonnement systématique de Freinet notamment, mais c’est un pas de plus dans l’avancée d’un monde syncrétique, sans alternative.

    P.S. Rogers : un important travail rogérien a été mené ces dernières années par Jean-Daniel Rohart ("réenchanter l’école". Voir : Renouveler l’éducation, 2013 - ), avec le mérite de placer la question méthodique sur une ligne de sens.

    Il me paraît, toujours aujourd’hui, difficile de dissocier philosophie de l’éducation et "action pédagogique".

    JA


  • L'institution comme trou noir des idéaux pédagogiques

    « Éviter la scolastique », c’est-à-dire « tout comportement, toute réaction, tout travail spécifique au milieu scolaire ».

     

    Interstellar

    Quelques exemples, pour indiquer où se situe le corpus de la question, mettre en appétit critique : si on veut s'en donner la peine, voilà un beau sujet de thèse!

    La question de la compatibilité de Freinet avec l'institution scolaire, par définition sclérosante, et avec l'organisation scolaire, contraignante et souvent imbécile, est posée dès le départ. Elle a marqué nos attitudes et nos avancées d'il y a quarante ans. Un texte caractéristique en ce sens : Louis Legrand 1993.

    Outre le travail des clercs pour absorber le message dans la scolastique "pédagogiste", la principale tentative d’inclure la référence à Freinet dans la logique institutionnelle (a priori contradictoire) a été menée par le Clemi[1] des premières années. Dès les débuts du projet, on y cite Freinet, et on entend en faire un des parangons théoriques. Peu importe d'ailleurs le sens : Dewey figure là aussi en bonne place. Comme si tout était conciliable dans un même dépassement idéologique.

    L’invocation de Freinet fait alors slogan, et satisfait les progressistes. Toutefois, il fera long feu : dès le milieu des années 90, les faits démentent cet te filiation de façade[2]. D’autant que l’attachement formel et livresque à Freinet a pu servir de tremplin à quelques carrières. La scolastique "néopédagogiste" va revenir en force dans les années 2010.

    Aujourd’hui, nous sommes aux antipodes de la pédagogie, et notamment des espoirs de la "pédagogie des médias" inspirée de la philosophie de l'"Imprimerie à l'école", en raison de l’énorme couche d'enfumage du « numérique »…

     

    Échantillons

     

    " La pédagogie Freinet est ainsi reprise et diffusée en France par l’Institut coopératif de l’école moderne – Pédagogie Freinet (ICEM), lequel d’ailleurs participe étroitement au conseil d’orientation et de perfectionnement du CLEMI depuis sa création."

    (à propos de La semaine de la presse et des médias à l’école, 05/10/2009)

    Francis Barbey, L'éducation aux médias, 2009 :

     

    - L'éducation nouvelle : toujours "moderne"!

    Pour élargir la question : certains néomandarins n'hésitent pas à suggérer d'accommoder les messages de l'éducation nouvelle à la sauce actuelle.

    "Lire : Jean-Claude Sallaberry (dir.), CONDITIONS DE L'ÉDUCATION ET PERSPECTIVES POUR L'ÉDUCATION NOUVELLE, Année de la recherche en sciences de l'éducation (2013).


    "Blais, Gauchet et Ottavi, dans leurs ouvrages de 2002 et 2008, émettent l'hypothèse que s'ouvre l'ère des pédagogies nouvelles. La perspective n'est pas mince : elle mérite une approche outillée qui réponde à la réflexion actuelle, dans son contexte politique, sur la refondation de l'école. À quelles conditions les pratiques d'"éducation nouvelle" pourraient-elles s'instituer autrement que de façon confidentielle ?"

     

    - La compatibilité

    Une très abondante littérature accompagne cette croyance.

     

    Exemples :

    http://www.bastamag.net/Freinet-Montessori-Steiner-ces

    http://collectif-cape.fr/content/la-p-dagogie-freinet-aujourdhui

    http://www.gfen.asso.fr/fr/salon_freinet_nov2014

     

    - L'académisme

    Petite perle (mais il y en a tant!) : http://www.inrp.fr/biennale/8biennale/contrib/longue/207.pdf

    Peyronie (Célestin Freinet, pédagogie et émancipation, 1999) est assez caractéristique des diverses tendances décrites : toute une époque ; et ne manque pas non plus le renvoi d'ascenseur entre pairs! Tout un programme

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    [1] Centre de Liaison de l'enseignement et des moyens d'information, créé en 1983. C'est un fait très-remarquable que le directeur du Clemi se réclamait de l'héritage de Freinet … "Il faut un nouveau Freinet"[1], et qui en même temps faisait tout pour en empêcher l'émergence. - formule sans frais, en effet, au même titre que la lapidaire "On demande des inventeurs" (Tardy/Jacquinot), tout en minant le terrain sur lequel ils pourraient avancer!

    Pourtant, le dernier représentant de cette mouvance dans son équipe y a été éliminé au bout de dix ans. Le seul programme inspiré directement y compris dans la pratique commune et l'échange de l'articulation de l'imprimerie à 'l'école et de la correspondance scolaire", d'une ampleur considérable, a été disloqué il ya vingt ans : ce qui aurait dû attirer l'attention sur ce qu'aujourd'hui est la pratique du "discours paradoxal" des clercs.  

    [2] Il est très-remarquable que le principal programme inspiré directement de Freinet ait été liquidé dans la plus parfaite indifférence et que les alertes que j'ai lancées à l'époque aient été censurées par ceux-là même qui auraient dû être aux avant-postes. Le mouvement Freinet qui avait bien accueilli le projet fax!/PMR, via notamment la télématique, et parce que certains de ses membres étaient partie prenante, après avoir été inspirateurs, s’en est désolidarisé, et a suivi le point de vue "officiel".

     

     

                                         


  • Effarant.

     

    Vers l'école du socle commun

     

    Renseignements : jusqu'au bout, jusqu'au fond.


  • Espaces du débat

    aux temps d'Internet

     

    Version pdf Télécharger « Espaces du débat.pdf »

     

    Les moyens techniques actuels pourraient suggérer une formidable opportunité démocratique. Encore faut-il s'en saisir, en utiliser les capacités, en activer les potentiels. Cette évidence ne résoudra pas le problème du contrôle de cette richesse, qui renvoie à une question de détermination (idéologique, éthique, politique). Il suffit de constater la permanence dans le discours scolaire de zones d'interdits, où se figent les "sujets tabous". 

     

    Voyager autrement en terre nomade

                               Source : Voyager autrement en terre nomade

     

    Et donc, encore faut-il vouloir aller à l'encontre des tendances du pouvoir. Il est aisé de comprendre qu'un système de domination n'a aucun intérêt à ce que des citoyens se saisissent des outils de libération de parole.

     

    Encore faut-il mesurer l'ampleur d'une caractéristique marquante de la culture "postlibérale"  : celle du langage inversible, qui fait que le vieil adage d'hypocrisie est dépassé par les roueries du discours paradoxal, qui autorise un fonctionnement proche du "novlangue" (1950, Newspeak) d'Orwell, à base d'affirmation verbale vertueuse, contredite par la vérité pratique. 

     

    Nous traversons une crise culturelle inédite, d'une profondeur inquiétante, qui se traduit par un déficit de "débat" de fond, alors que les supports techniques d'information n'ont jamais été aussi performants, accessibles. Mais leur prodigieuse multiplication n'est pas synonyme de libération de la parole, de l'échange fécond, de production commune du texte émancipateur,  et les termes d'enthousiasme "participatif", "collaboratif", "créatif", etc. ont partie liée avec la poudre aux yeux des néo-slogans. Notamment dans la construction de l'espace virtuel du "fatras numérique".

     

    Pour ma part, je n'accepte pas ce processus redoutable. Je crois au contraire, parmi mes amis,  qu'il faut se saisir de ces possibilités pour une tout autre ambition que celle de céder aux néo-sirènes, quelles que soient leurs armes de séduction.

     

    Ma confiance est qu'il est possible, à frais nouveaux, de tenter ensemble de franchir la passe, selon divers parcours, et notamment en reprenant le débat sur le fond, c'est-à-dire en envisageant la possibilité d'une co-expérience de réflexion sur les questions clés du sens de l'éducation. Comme toute création collective, un tel "débat" ne peut se mener sans règles du jeu explicites. Cela peut toucher à mon sens l'actualisation de l'esprit (et non de la lettre) de ce que les "pédagogies nouvelles" ont produit jadis dans le sens critique. Ce qui a inspiré à des degrés divers nombre d'entre nous.

     

    Je fais part ici de deux  convictions  par rapport aux "messages de l'éducation nouvelle" :

    - Je ne crois pas qu'ils soient intangibles : ni sur le plan critique, ni sur la plan historique. Ils ne sauraient être figés dans quelque dogme. Au contraire, ils sont l'objet d'une attention commune d'actualisation, et ont à se perpétuer dans un présent dynamique.

     

    D'autant qu'il n'y a pas d'équivalent actuel : il ne se dessine aucun "mouvement" fort dans le sens d'une rupture ni aucun appel renouvelé à une "révolution copernicienne" passant par une critique radicale des postulats de l'éducation post-libérale.

     

    - Je ne crois pas en ce sens que les "meilleurs messages" de l'éducation nouvelle, comme d'ailleurs l'effectuation des "pédagogies nouvelles", lorsqu'elles sont organiquement liées à la perspective critique et à la visée émancipatrice (la précision est de taille), sont néo-compatibles[1]. 

     

    On ne comprend notamment en aucune façon comment une gouvernance libérocapitaliste (par exemple, un "Conseil Supérieur des Programmes", ou toute autre instance au service du système tel qu'il est) pourrait de quelque façon s'accommoder d'une visée pédagogique qui aille à l'encontre de ses desseins. Il n'y a d'ailleurs pas d'exemple historique en cela.

     

    A l'encontre de processus idéologiques qui nous font croire en de telles perditions (mais cela n'est pas nouveau, et l'efficacité évidentes des pédagogies "modernes", "actives", "nouvelles" a pu par le passé servir des causes infâmes), nous sommes tenus à un devoir de vigilance. Celle-ci ne peut être le fait de sentinelles isolées, voire d'analystes judicieux (qui les paierait pour ce faire!) mais ne peut émaner que de la communauté.

     

    ***

     

    Les moyens techniques actuels sont là sous-utilisés : listes de discussion, textes collaboratifs, colloques virtuels, réseaux de liens,  etc., pourquoi ne pas nous en saisir davantage en effet pour activer un "débat" (une délibération, et non les simulacres et les caricatures de controverses) qui ne manque pas de sujets possibles! A l'inverse de l'acceptation du monde tel qu'il est, nous aurions tous à gagner à renouveler ce pari d'intelligence commune.

    Le seul risque est de fâcher le Prince.  

     

     

     

    Jean Agnès, juillet 2014

     

     

     



    [1] A l'encontre d'une thèse en cours qui verrait advenir une "ère des pédagogies nouvelles" dans l'éducation scolaire française.





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